Les applications de la blockchain

Pendant quelques années, la blockchain avait été présentée comme une technologie capable de transformer la banque, l’assurance, la logistique, le droit, la santé, l’énergie, le vote, l’identité ou encore la propriété intellectuelle. Ses propriétés semblaient répondre à une multitude de problèmes : rendre les transactions infalsifiables, supprimer les intermédiaires, créer de la confiance entre acteurs qui ne se connaissent pas, automatiser les contrats ou assurer la traçabilité d’un produit de sa fabrication jusqu’à son utilisateur.

Puis l’intelligence artificielle générative est arrivée et a opportunément libéré les directions de l’innovation de l’obligation d’organiser des ateliers blockchain.

Ce reflux médiatique rend paradoxalement le sujet beaucoup plus intéressant. Il permet de regarder la technologie non plus à travers ce qu’elle pourrait théoriquement révolutionner, mais à partir des situations dans lesquelles ses caractéristiques apportent réellement quelque chose. Car la blockchain n’a pas disparu. Elle trouve sa place dans certains systèmes où plusieurs acteurs doivent partager un registre, échanger des actifs ou exécuter des règles communes sans vouloir confier entièrement le contrôle à l’un d’entre eux.

Ce cas pratique va nous permettre de comprendre, sur une technologie particulière, pourquoi certaines applications avancent aujourd’hui très concrètement, notamment (ici dans la finance et la tokenisation), tandis que d’autres restent principalement dans les laboratoires, les démonstrateurs ou les présentations PowerPoint.

La blockchain n’est pas d’abord une technologie de stockage

Le principe général est maintenant suffisamment connu pour ne pas refaire ici toute l’histoire de Bitcoin. Une blockchain est une forme particulière de technologie de registre distribué, ou DLT (Distributed Ledger Technology). Plusieurs participants conservent et mettent à jour un registre partagé selon des règles communes. Des mécanismes cryptographiques permettent de vérifier l’intégrité des enregistrements et un protocole de consensus détermine les conditions dans lesquelles de nouvelles transactions peuvent être inscrites.

Cela paraît technique, mais la question intéressante est ailleurs : pourquoi supporter toute cette complexité plutôt qu’utiliser une bonne vieille base de données ?

Si une entreprise possède seule les données, décide seule qui peut les modifier et si tous les utilisateurs lui font confiance pour tenir le registre, la réponse est généralement assez simple : il n’y a probablement aucune bonne raison d’utiliser une blockchain. Une base de données centralisée sera souvent plus rapide, moins chère et beaucoup plus facile à administrer.

La blockchain commence à devenir intéressante lorsque plusieurs organisations doivent tenir une sorte de comptabilité commune alors qu’aucune d’entre elles ne peut, ou ne doit, être l’unique maître du registre. Banque, assureur, client, fournisseur, transporteur, douane, organisme certificateur, administration : chacun possède une partie de l’information, chacun intervient dans le processus et chacun aimerait pouvoir vérifier ce que les autres ont fait.

Le problème traité par la blockchain est donc moins celui de la donnée que celui de la coordination et de la confiance entre organisations.

C’est une distinction importante lorsqu’on cherche à évaluer une technologie émergente. Une technologie n’a pas besoin d’être meilleure que les solutions existantes partout pour avoir de la valeur. Elle doit l’être dans certaines configurations suffisamment importantes pour justifier sa complexité.

La blockchain, cas d’école du Hype Cycle ?

Difficile de regarder la trajectoire de la blockchain sans penser au célèbre Hype Cycle de Gartner. Dans sa propre présentation de la méthode, Gartner distingue cinq étapes : Innovation Trigger, Peak of Inflated Expectations, Trough of Disillusionment, Slope of Enlightenment et Plateau of Productivity. Autrement dit, une technologie apparaît et attire l’attention, les attentes progressent beaucoup plus vite que les preuves de son utilité, les expérimentations déçoivent, puis les usages réellement pertinents commencent éventuellement à se clarifier avant une diffusion plus stable. Le Hype Cycle permet donc de distinguer l’effet d’annonce de la viabilité commerciale réelle d’une technologie.

Il ne faut évidemment pas prendre cette jolie courbe pour une loi scientifique de diffusion des innovations. Le Hype Cycle ne décrit d’ailleurs pas exactement la même chose qu’une courbe d’adoption technologique : il représente largement l’évolution des attentes entourant une innovation. Gartner précise lui-même que son outil doit aider les organisations à arbitrer entre adoption précoce, attente d’une maturation supplémentaire et analyse du rapport entre risque et bénéfice. L’intérêt du modèle est donc moins prédictif que stratégique.

Le cas de la blockchain est presque un cas d’école parfait d’utilisaton du Hype Cycle. Elle a connu une période pendant laquelle il semblait difficile de trouver un secteur auquel elle ne promettait pas une révolution. Puis beaucoup de projets se sont heurtés aux coûts, aux performances, à l’interopérabilité, à la réglementation et surtout aux difficultés de gouvernance entre organisations. L’attention s’est progressivement déplacée vers d’autres technologies.

Mais c’est justement à ce moment que l’histoire devient intéressante. Le creux de la désillusion n’est pas nécessairement le cimetière d’une technologie. Il peut être l’endroit où l’on commence enfin à comprendre à quoi elle sert. Les usages qui subsistent sont généralement moins nombreux, moins universels et moins spectaculaires que ceux imaginés au sommet de la courbe. Ils ont en revanche une propriété nouvelle : ils répondent à un problème suffisamment précis pour justifier la technologie.

C’est donc la question qu’il faut poser à propos de la blockchain et qui se pose de façon systématique face à un progrès technologique : non plus « que pourrait-on faire avec ? », mais « dans quelles situations est-elle réellement préférable aux solutions existantes ? »

La blockchain selon le secteur d’activité

La finance et la tokenisation : là où les choses deviennent sérieuses

C’est probablement dans les marchés financiers que la blockchain et, plus largement, les technologies de registres distribués ont aujourd’hui dépassé le plus nettement le stade de la démonstration.

L’idée centrale est celle de la tokenisation. Un actif ou un droit peut être représenté numériquement sous la forme d’un jeton enregistré sur une infrastructure programmable : obligation, titre financier, créance, part d’un fonds, dépôt bancaire ou autre actif financier. Le registre ne sert alors pas simplement à conserver une information. Il permet d’organiser la propriété, le transfert et éventuellement certaines règles attachées à cet actif.

L’intérêt apparaît lorsque plusieurs opérations aujourd’hui séparées peuvent être rapprochées. Une transaction financière suppose généralement un échange d’actifs et un paiement. Entre le moment où l’opération est décidée et celui où tout le monde est certain que les titres et l’argent ont effectivement changé de propriétaire interviennent des infrastructures, des rapprochements comptables, des contrôles et des intermédiaires.

Une infrastructure tokenisée peut permettre de rapprocher davantage l’émission, l’échange, le règlement, la conservation et la gestion d’un actif. La Banque des règlements internationaux insiste précisément sur ce point dans son rapport économique 2026 : la combinaison entre DLT et tokenisation permet de disposer d’un enregistrement partagé, de réduire certains besoins de réconciliation, d’organiser des échanges simultanés et d’automatiser des opérations sur des registres programmables. La BRI souligne d’ailleurs immédiatement l’autre côté de l’équation : plus les réseaux se multiplient, plus les questions d’interopérabilité et de gouvernance deviennent importantes.

La notion de règlement atomique permet de comprendre l’intérêt concret, mais elle n’est pas une invention de la blockchain : les bases de données savent depuis longtemps exécuter des transactions selon un principe de « tout ou rien ». L’enjeu apparaît lorsque les deux composantes d’un échange, par exemple le paiement et la livraison d’un titre, relèvent de systèmes et d’acteurs différents. La tokenisation et les DLT peuvent permettre de rapprocher ces actifs sur des infrastructures programmables et d’organiser leur échange de manière atomique. La nouveauté n’est donc pas l’atomicité elle-même, mais la possibilité de l’étendre à des transactions qui nécessitaient auparavant la coordination de plusieurs registres et intermédiaires.

Nous ne sommes plus ici uniquement dans la prospective. L’Eurosystème développe désormais deux initiatives complémentaires. Pontes doit connecter les plateformes DLT utilisées par les acteurs de marché aux services TARGET de l’Eurosystème afin de permettre des règlements en monnaie de banque centrale ; son lancement initial est prévu pour la fin du troisième trimestre 2026. Appia poursuit une ambition plus large : construire avec les acteurs publics et privés une vision d’un écosystème financier européen intégré utilisant tokenisation et DLT. La BCE a formalisé cette ambition dans sa feuille de route Appia, qui doit aboutir à un schéma d’architecture à l’horizon 2028.

C’est probablement ici que se trouve aujourd’hui l’une des applications les plus structurantes de la blockchain et des DLT. Et, paradoxalement, elle est beaucoup moins spectaculaire que la promesse de faire disparaître les banques. Les banques centrales et les institutions financières sont au contraire au cœur de son développement.

Voilà un retournement assez classique dans l’histoire de l’innovation : les technologies dites « désintermédiatrices » finissent souvent par transformer les intermédiaires plutôt que par les supprimer. Votre enfant peut donc continuer ses études de notaire. Mais il ferait bien de s’intéresser aussi aux registres distribués.

Les stablecoins : une autre manière de faire circuler de la monnaie

La même évolution apparaît avec les stablecoins, ces cryptoactifs conçus pour maintenir une valeur stable par rapport à un actif de référence, le plus souvent une monnaie comme le dollar.

Leur intérêt économique n’est pas simplement de posséder une monnaie qui ressemble numériquement à une autre monnaie. Il est de disposer d’un actif monétaire pouvant circuler directement dans des infrastructures programmables et fonctionner avec d’autres actifs tokenisés. Cela ouvre notamment des perspectives pour certains paiements internationaux, les règlements entre acteurs économiques ou les transactions réalisées directement sur des infrastructures numériques.

Mais cette évolution montre également pourquoi il faut distinguer blockchain et cryptomonnaies. Bitcoin est une application reposant sur une blockchain. Les stablecoins en constituent une autre famille. Des titres financiers tokenisés en sont encore une autre. Et une infrastructure DLT privée exploitée par quelques institutions financières peut n’avoir pratiquement rien en commun, économiquement et institutionnellement, avec Bitcoin.

Cette distinction est importante car les choix d’architecture changent complètement le problème. Une blockchain publique sans permission et une infrastructure privée accessible uniquement à des établissements financiers autorisés peuvent utiliser des principes techniques apparentés tout en répondant à des logiques de gouvernance opposées.

La Banque des règlements internationaux reconnaît les possibilités offertes par la tokenisation et la programmabilité mais souligne les limites des stablecoins actuels : variations possibles autour de leur valeur de référence, problèmes d’élasticité, d’interopérabilité et de scalabilité, ainsi que des enjeux spécifiques de stabilité et d’intégrité financière.

Les cryptomonnaies ne vont donc pas remplacer les banques. Mais on peut se demander quelles formes de monnaie et quelles infrastructures permettront de régler des transactions dans une économie où certains actifs deviennent programmables et tokenisés.

La traçabilité : séduisante sur le papier, compliquée dans le monde réel

La deuxième grande famille d’applications concerne la traçabilité.

Prenons un produit alimentaire. Entre le producteur et le consommateur interviennent potentiellement transformateurs, transporteurs, grossistes, distributeurs, organismes certificateurs et autorités publiques. Chacun produit de l’information. Une blockchain peut constituer un registre commun permettant de conserver la trace des événements successifs.

Même raisonnement pour un médicament, une pièce aéronautique, une batterie ou un produit de luxe. L’intérêt est évident : construire une histoire vérifiable du produit sans dépendre exclusivement de la base de données d’un seul acteur de la chaîne.

La littérature scientifique consacrée aux chaînes logistiques confirme que le cas d’usage mérite d’être pris au sérieux, mais avec beaucoup plus de précautions que ne le laissaient entendre les premières promesses. Une revue systématique publiée dans Blockchain: Research and Applications, fondée sur l’analyse de 90 articles retenus après sélection, identifie des applications dans l’alimentaire, les produits pharmaceutiques, le luxe, l’automobile ou encore la traçabilité de minerais. Elle relève les bénéfices possibles en matière de visibilité, de provenance, de lutte contre la fraude et de partage d’information. Mais elle identifie également des difficultés de maturité technologique, de volume de transactions, d’acceptation, d’interopérabilité, d’investissement initial, de confidentialité, de conflits entre parties prenantes, de latence et de scalabilité. Cela montre précisément que la technologie ne supprime pas la complexité de la supply chain : elle en déplace une partie vers l’infrastructure commune et sa gouvernance.

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Payandeh, R., Delbari, A., Fardad, F., Helmzadeh, J., Shafiee, S., & Ghatari, A. R. (2025). Unraveling the potential of blockchain technology in enhancing supply chain traceability: A systematic literature review and modeling with ISM. Blockchain: Research and Applications, 6(1), 100240. https://doi.org/10.1016/j.bcra.2024.100240

Surtout, une blockchain garantit essentiellement l’intégrité de ce qui a été enregistré après son inscription. Elle ne garantit pas que l’information introduite était vraie. Si quelqu’un inscrit dans un registre qu’un lot de cacao provient d’une exploitation certifiée, la blockchain peut rendre extrêmement difficile la modification ultérieure de cette déclaration. Elle ne peut pas, à elle seule, vérifier que le cacao vient effectivement de cette exploitation.

C’est le vieux problème informatique du garbage in, garbage out, simplement gravé dans le marbre. C’est pourquoi les applications les plus crédibles combinent généralement blockchain, capteurs, RFID, IoT, systèmes de certification et procédures de contrôle. La revue précédente observe d’ailleurs explicitement que l’intégration de la blockchain avec l’Internet des objets, la RFID et d’autres technologies de l’industrie 4.0 constitue une direction importante des travaux actuels.

La question décisive se déplace alors vers la jonction entre le monde physique et son enregistrement numérique : qui produit l’information initiale, avec quel dispositif, et pourquoi peut-on lui faire confiance ? Autrement dit, la blockchain peut sécuriser une chaîne d’information. Elle ne fabrique pas la vérité dont cette chaîne a besoin.

Identité, diplômes et documents officiels : prouver plutôt que stocker

Une autre famille d’applications concerne l’identité numérique et les justificatifs vérifiables.

Le cas du diplôme est particulièrement parlant. Lorsqu’un candidat affirme posséder un diplôme, une entreprise doit faire confiance au document qu’il lui fournit ou effectuer une vérification auprès de l’établissement. Une infrastructure de justificatifs numériques peut permettre au titulaire de présenter une preuve dont l’authenticité est vérifiable cryptographiquement.

L’intérêt n’est donc pas nécessairement de mettre « son identité sur la blockchain » de permettre à une organisation de délivrer une attestation vérifiable qu’une personne pourra ensuite présenter. Cette logique a été explorée à l’échelle européenne avec l’European Blockchain Services Infrastructure, ou EBSI. Parmi les cas d’usage définis par la Commission figurent notamment la notarisation, les diplômes, l’identité numérique et le partage sécurisé de données entre administrations. Pour les diplômes, l’objectif annoncé est de permettre aux citoyens de contrôler leurs justificatifs éducatifs tout en réduisant le coût de leur vérification et en améliorant la confiance dans leur authenticité. La Commission décrit ces usages sur la page consacrée à l’European Blockchain Services Infrastructure.

Cette infrastructure a elle-même évolué. En mai 2024, l’Union européenne a créé EUROPEUM-EDIC, structure chargée de poursuivre le déploiement et l’extension de l’écosystème EBSI. La Commission indiquait alors qu’un réseau pilote de plus de quarante nœuds avait déjà été déployé en Europe pour tester notamment le partage et la vérification de justificatifs dans l’éducation, la formation tout au long de la vie ou la sécurité sociale. L’information est détaillée dans la présentation d’EUROPEUM-EDIC par la Commission européenne.

Ici encore, l’application devient intéressante lorsqu’on cesse de raisonner « blockchain d’abord ». Le besoin est de prouver quelque chose à quelqu’un sans l’obliger à interroger systématiquement l’organisation qui a produit la preuve. Le diplôme, le certificat professionnel, certaines autorisations administratives ou certains documents commerciaux deviennent alors des candidats naturels.

Mais il faut également prendre garde à ne pas attribuer à la blockchain ce qui relève plus largement de la cryptographie et des standards d’identité numérique. EBSI associe d’ailleurs blockchain et Verifiable Credentials. Toutes les architectures de justificatifs vérifiables n’ont donc pas besoin d’une blockchain. C’est une constante que l’on retrouvera tout au long de cet article : une application peut être intéressante sans que la blockchain soit nécessairement la meilleure manière de la réaliser.

Santé : beaucoup de promesses, mais une équation difficile

Le dossier médical semble également être un terrain idéal : données sensibles, multitude d’acteurs, nécessité de tracer les accès et besoin d’interopérabilité.

La recherche explore effectivement des architectures utilisant la blockchain pour contrôler les accès, assurer l’intégrité des informations et permettre au patient de mieux maîtriser leur partage. Une revue systématique publiée en 2023 sur la protection des données de santé par blockchain a analysé 51 études consacrées à l’amélioration de la sécurité et de la confidentialité des dossiers médicaux électroniques. Son intérêt est notamment de montrer l’étendue des architectures expérimentées, mais aussi que le domaine reste largement constitué de propositions techniques, de prototypes et de questions encore ouvertes.

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Le secteur montre surtout parfaitement les contradictions de la technologie. Une donnée médicale doit parfois être corrigée. Elle peut être extrêmement volumineuse. Elle doit respecter des réglementations particulièrement exigeantes. Et le principe d’immutabilité s’accorde assez mal avec certaines obligations relatives à la rectification ou à l’effacement des données personnelles.

Les architectures réalistes évitent donc généralement de mettre directement le dossier médical dans une blockchain. Les données restent stockées ailleurs et le registre sert plutôt à gérer des preuves, des autorisations, des empreintes cryptographiques ou l’historique des accès.

C’est un bon exemple d’un phénomène que l’on retrouve dans beaucoup de technologies émergentes : à mesure qu’une idée passe du démonstrateur au système réellement utilisable, l’architecture devient hybride et la technologie vedette occupe souvent une place beaucoup plus modeste qu’on ne l’imaginait au départ.

Smart contracts : quand le registre commence à agir

La blockchain ne sert pas seulement à enregistrer des transactions. Certaines infrastructures permettent également d’exécuter des programmes, les smart contracts, qui déclenchent automatiquement des opérations lorsque les conditions prévues sont réunies.

Le terme de « contrat » est à comprendre au sens informatique. Un smart contract est d’abord du code. Son existence ne signifie pas nécessairement que l’on dispose d’un contrat au sens juridique. Imaginons une obligation tokenisée. Le système peut être programmé pour verser automatiquement certaines sommes aux détenteurs identifiés à une date donnée. Dans une chaîne logistique, un paiement peut théoriquement être déclenché lorsqu’une livraison est validée. Dans un système énergétique local, des échanges peuvent être réglés selon des règles prédéterminées.

On comprend alors pourquoi la technologie intéresse autant la finance : elle ne permet pas seulement de représenter numériquement un actif, mais aussi de programmer certaines opérations qui lui sont attachées. Dans sa feuille de route Appia, la BCE envisage précisément des infrastructures capables d’intégrer plusieurs fonctions aujourd’hui séparées et d’exploiter la programmabilité des registres distribués. L’objectif n’est donc pas simplement de numériser davantage les marchés financiers, mais de revoir la manière dont certaines opérations sont enchaînées.

La combinaison est puissante : tokenisation + registre partagé + programmabilité.

C’est probablement davantage dans cette combinaison que dans la seule notion d’ »immutabilité » que réside aujourd’hui le potentiel économique de la technologie.Elle déplace néanmoins le problème de la confiance. On ne fait plus uniquement confiance à un intermédiaire, on fait confiance au programme, à ceux qui l’ont écrit, aux données qui l’alimentent et aux règles permettant éventuellement de le modifier. Le code ne supprime donc pas la gouvernance. Il en devient une partie.

Et le cadastre ?

L’enregistrement des titres de propriété est presque un cas d’école. Sur le papier, toutes les cases semblent cochées : plusieurs acteurs, nécessité de conserver un historique, enjeux d’authenticité, risque de falsification.

Mais la question est encore une fois moins simple qu’elle en a l’air. Un registre foncier ne crée pas le droit de propriété par magie. Celui-ci repose sur un système juridique, des procédures de contestation, des tribunaux, des géomètres et une autorité publique capable de reconnaître et, si nécessaire, de modifier les droits.

Si deux personnes revendiquent le même terrain, le consensus d’un réseau informatique ne permet pas de déterminer qui en est juridiquement propriétaire. Une blockchain peut donc constituer une infrastructure technique de registre foncier. Elle ne remplace pas les institutions qui définissent ce qu’est la propriété.

Cette distinction entre confiance technique et confiance institutionnelle est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre lorsque l’on étudie les applications de la blockchain. Une technologie peut rendre extrêmement fiable l’enregistrement d’une décision sans être capable de déterminer si cette décision était juste, légitime ou juridiquement valable.

Le vote : le cas où l’intuition technologique peut devenir dangereuse

Le vote électronique sur blockchain constitue un autre cas intéressant : une application extrêmement séduisante intuitivement et beaucoup moins convaincante lorsqu’on examine le problème dans son ensemble.

Un scrutin démocratique doit garantir simultanément l’identification de l’électeur, le secret du vote, l’impossibilité de voter plusieurs fois, l’intégrité du scrutin, la possibilité d’audit et la résistance à la coercition.

Laisserez-vous élire Nathan Petrelli ?

Une blockchain peut répondre à certains éléments du problème. Elle ne sécurise pas pour autant l’ordinateur ou le téléphone utilisé pour voter. Sunoo Park, Michael Specter, Neha Narula et Ronald Rivest ont précisément étudié cette question dans un article publié dans le Journal of Cybersecurity. Leur travail, « Going from Bad to Worse: From Internet Voting to Blockchain Voting », est intéressant parce qu’il raisonne sur la sécurité de l’ensemble du système plutôt que sur la seule intégrité du registre. Les auteurs montrent que les vulnérabilités du vote par Internet, comme les logiciels malveillants, les failles inconnues ou les attaques par déni de service, subsistent avec une blockchain et que cette dernière peut même introduire des problèmes supplémentaires.

Dans une démocratie, je préfère un système techniquement rustique mais compréhensible, observable et recomptable par tous à un système technologiquement élégant dont la confiance dépend d’experts.

Une machine compromise peut par exemple modifier ou supprimer un vote avant que celui-ci n’atteigne le registre. Une fois cette mauvaise information inscrite de manière parfaitement infalsifiable, l’intégrité de la blockchain n’est plus d’un grand secours.

C’est une leçon qui dépasse très largement la blockchain : sécuriser parfaitement une partie d’un système ne sécurise pas nécessairement le système.

La grande difficulté des blockchains d’entreprise

Pourquoi, malgré toutes ces applications potentielles, les blockchains ne sont-elles pas devenues omniprésentes dans les entreprises ?

Une partie de la réponse tient précisément à leur raison d’être. Créer une base de données interne relève essentiellement d’un projet informatique. Créer un registre distribué entre dix entreprises suppose que ces dix entreprises s’accordent sur les données partagées, les droits de chacun, les standards, les responsabilités, le financement de l’infrastructure, les procédures en cas d’erreur et la manière dont le système évoluera.

Bref, le problème est organisationnel avant d’être technique.

C’est précisément ce que montre une étude particulièrement intéressante publiée en 2024 dans Technological Forecasting and Social Change. Ying Zhang, M. Mahdi Tavalaei, Glenn Parry et Peng Zhou ont réalisé une revue systématique des facteurs expliquant l’adoption de la blockchain par les organisations. Leur article sur les facteurs d’adoption organisationnelle de la blockchain identifie pas moins de 880 facteurs regroupés en 29 thèmes. Les auteurs les répartissent entre dimensions technologiques, organisationnelles et environnementales et distinguent obstacles, facteurs favorables et facteurs dont l’effet dépend du contexte.

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L’intérêt de ce travail est moins le chiffre de 880 lui-même, assez vertigineux, que sa conclusion générale : les obstacles sont relativement faciles à identifier, tandis que les facteurs favorisant effectivement l’adoption sont souvent conditionnels. Une bonne technologie, une direction favorable ou un cadre réglementaire approprié ne suffisent pas isolément. L’adoption dépend de l’articulation entre ces dimensions. Ce résultat n’a rien d’anecdotique. Une blockchain produit précisément sa valeur lorsqu’elle relie plusieurs organisations. Or plus le nombre d’organisations augmente, plus la gouvernance nécessaire pour créer le système devient difficile.

C’est un paradoxe assez élégant :

La blockchain devient particulièrement intéressante lorsque plusieurs acteurs doivent coopérer sans se faire totalement confiance mais c’est précisément dans cette situation qu’il est le plus difficile de se mettre d’accord pour construire une blockchain commune.

Les projets qui fonctionnent doivent donc résoudre deux problèmes simultanément : une architecture informatique et une architecture de gouvernance. Et c’est bien sûr la seconde qui est souvent la plus compliquée.

L’expérience européenne confirme d’ailleurs que ces problèmes apparaissent dès que l’on quitte le démonstrateur. L’European Blockchain Sandbox, lancé pour confronter des cas d’usage réels aux régulateurs, a terminé trois cohortes de travaux. En février 2026, la Commission indiquait que les dialogues avaient porté au total sur 60 cas d’usage. Son bilan de la troisième cohorte de l’European Blockchain Sandbox souligne surtout que les difficultés réglementaires rencontrées ne concernent pas uniquement la blockchain : elles résultent souvent de son articulation avec d’autres technologies et plusieurs cadres juridiques différents.

C’est assez révélateur de ce qui arrive à beaucoup d’innovations lorsqu’elles atteignent le monde réel. Le problème initial semblait technologique. Le problème de déploiement devient juridique, organisationnel, économique et politique.

Explorer les applications de la blockchain avec Opportunity Grid

Une fois ces différents usages identifiés, un autre problème se pose : comment chercher de nouvelles applications sans retomber dans le travers qui consiste à mettre de la blockchain partout ?

C’est précisément le type de problème pour lequel nous avons développé Opportunity Grid, l’un des outils des Cahiers de l’Innovation. Le principe consiste à construire une matrice en croisant deux dimensions puis à examiner méthodiquement leurs intersections. Dans le cas de la blockchain, on peut par exemple placer sur un axe des domaines d’activité ou des situations d’usage et, sur l’autre, les principales transformations que permettent les DLT.

Une grille pourrait ainsi croiser :

Domaines ou situationsTransformations à explorer
Finance et assuranceRegistre partagé entre plusieurs acteurs
Logistique et supply chainTraçabilité et preuve de provenance
IndustrieTokenisation d’un actif ou d’un droit
ÉnergieProgrammabilité et smart contracts
SantéPreuves et certificats vérifiables
Formation et certificationÉchanges ou règlements atomiques
Immobilier et propriétéAuditabilité d’un historique
AdministrationGouvernance ou contrôle distribué

L’IA peut être mobilisée directement dans la grille pour analyser les axes, le contexte et les idées déjà produites, puis proposer de nouvelles pistes sur une intersection donnée lorsque l’exploration commence à s’essouffler.

L’intérêt n’est pas de considérer chacune de ces intersections comme une opportunité. C’est même l’inverse : la matrice oblige à poser une question là où nous n’aurions peut-être spontanément rien cherché.

Prenons l’intersection Industrie × registre partagé. Elle peut conduire à imaginer le carnet de vie d’un équipement industriel dont certaines informations seraient partagées entre constructeur, exploitant, mainteneur et organisme de certification. Formation × preuves vérifiables renvoie assez naturellement aux diplômes et certifications dont nous avons parlé plus haut. Logistique × traçabilité peut conduire à travailler sur l’historique d’une pièce critique passant successivement entre fabricant, sous-traitant, transporteur et utilisateur. Une intersection plus inhabituelle peut ne rien donner, et c’est également une information utile.

Opportunity Grid permet de modifier librement les axes, d’ajouter plusieurs idées dans une même case, d’en retenir certaines et de marquer explicitement les intersections qui ont été examinées sans donner de piste intéressante. L’assistance par IA peut également aider à construire le terrain d’exploration, travailler sur une intersection particulière ou rechercher des angles morts. Elle ne décide cependant pas si une idée est bonne et ne la présente pas comme une opportunité de marché : elle aide à chercher là où l’on n’aurait pas nécessairement pensé à regarder.

Exemple de recherche d’angles morts grâce à notre IA

Et c’est ici que l’articulation avec le reste de cet article devient importante. Opportunity Grid sert à la divergence, c’est-à-dire à produire et élargir les pistes. Le petit diagnostic présenté juste après sert au contraire à la convergence : une idée peut paraître séduisante dans la matrice et être immédiatement écartée si une base de données centralisée répond déjà parfaitement au besoin.

Autrement dit, il ne s’agit pas de demander à Opportunity Grid « où peut-on mettre de la blockchain ? », mais plutôt : « quelles nouvelles situations mérite-t-on d’examiner, puis lesquelles justifient réellement l’utilisation d’une DLT ?« 

Comment savoir si un problème mérite réellement une blockchain ?

Après de nombreuses expérimentations, on peut finalement retourner la question. Au lieu de demander « comment utiliser la blockchain dans notre activité ? », mieux vaut demander dans quelles situations elle apporte quelque chose qu’une architecture classique apporte difficilement.

Quelques questions permettent assez rapidement de faire le tri :

Cochez les affirmations qui correspondent à votre situation. Le résultat donne une première indication, pas une décision technique.

Cochez les réponses pour obtenir une première indication.

Si la réponse aux deux premières questions est non, il y a de fortes chances que le problème ne nécessite pas de blockchain. Il faut aussi ajouter une question qui paraît évidente mais qui a parfois été oubliée : une solution centralisée permet-elle déjà de résoudre correctement le problème ? Si oui, il faut une raison sérieuse pour accepter les coûts et contraintes supplémentaires d’un registre distribué.

Cette première approche permet surtout d’éviter une erreur assez classique en innovation : partir d’une technologie pour chercher ensuite un problème auquel l’appliquer. Dans les projets les plus solides, le raisonnement se fait exactement dans l’autre sens.

Ce que la blockchain nous apprend sur l’innovation

La trajectoire de la blockchain est intéressante précisément parce qu’elle ressemble à beaucoup d’histoires d’innovation. Une technologie nouvelle apparaît. On observe certaines propriétés techniques et on les extrapole. Puis on imagine qu’elles vont se transformer mécaniquement en avantages économiques : puisque le registre est distribué, les intermédiaires vont disparaître. Puisqu’il est difficile à modifier, la fraude va disparaître. Puisque les transactions sont vérifiables, la confiance deviendra inutile etc.

Le monde réel résiste assez vigoureusement à ce genre de raisonnements.

La blockchain n’empêche pas quelqu’un d’introduire une information fausse dans un système. Elle ne garantit pas qu’un capteur fonctionne correctement. Elle ne résout pas automatiquement les problèmes de confidentialité. Elle ne décide pas qui possède réellement un terrain. Elle ne sécurise pas le téléphone utilisé pour voter. Et elle ne dispense surtout pas plusieurs organisations de se mettre d’accord sur les règles de leur coopération.

En revanche, lorsque plusieurs acteurs doivent partager un état commun, conserver une histoire vérifiable, transférer des droits ou des actifs et automatiser certaines règles sans confier l’ensemble du système à un acteur unique, elle devient beaucoup plus intéressante.

La finance tokenisée en fournit aujourd’hui l’illustration la plus avancée. Les travaux de l’Eurosystème sur Pontes et Appia et les résultats d’Agorá montrent qu’il ne s’agit plus seulement d’applications théoriques : les banques centrales examinent désormais comment intégrer des registres programmables et des actifs tokenisés à l’infrastructure financière elle-même.

Certains mécanismes de traçabilité ou de certification constituent d’autres terrains crédibles, mais ils montrent aussi immédiatement les limites de la technologie : le registre ne vaut que par les données qu’on lui fournit et par la qualité de la gouvernance qui l’entoure. Les travaux européens sur EBSI ou les expérimentations de l’European Blockchain Sandbox sont intéressants précisément parce qu’ils confrontent ces architectures à des problèmes d’identité, d’interopérabilité, de protection des données et de réglementation plutôt que de traiter la blockchain comme une solution autonome.

Revenir une dernière fois au Hype Cycle. Le Trough of Disillusionment est facilement interprété comme le moment où une technologie a échoué. C’est parfois exactement l’inverse. C’est le moment où cessent les promesses faciles, où les projets les moins solides disparaissent et où ceux qui restent doivent démontrer qu’ils résolvent effectivement quelque chose.

C’est également une limite intéressante du modèle de Gartner : une technologie peut sortir des conversations sans sortir de l’économie. Son importance médiatique et son utilité réelle ne suivent pas nécessairement la même courbe. Une technologie devenue infrastructure peut même être d’autant plus importante qu’on ne parle plus beaucoup d’elle.

Les technologies véritablement utiles connaissent souvent ce destin : comme nous l'avions vu dans un artilce récent sur l'innovation dans la cuisine, elles commencent par promettre de changer le monde et finissent par devenir une pièce d’infrastructure que presque personne ne remarque. C’est peut-être, finalement, une définition assez raisonnable du succès technologique.

Références

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Blockchain-based privacy and security preserving in electronic health: a systematic review. (n.d.). Retrieved August 26, 2026, from https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36811000/
Payandeh, R., Delbari, A., Fardad, F., Helmzadeh, J., Shafiee, S., & Ghatari, A. R. (2025). Unraveling the potential of blockchain technology in enhancing supply chain traceability: A systematic literature review and modeling with ISM. Blockchain: Research and Applications, 6(1), 100240. https://doi.org/10.1016/j.bcra.2024.100240

Ressources

  • Sur la blockchain
 

5 réponses à « Les applications de la blockchain »

  1. […] Les applications de la blockchain en bref Vers l’overdose d’orgasmes … ? Quand la législation stimule l’innovation : l’exemple du cannabis médical Partager […]

  2. Avatar de Jean-Pierre Leac

    Un bon exemple, concret, des applications de la blockchain avec UTOCAT. Une startup des #hautsdefrance qui emploie déjà plus de 15 personnes !

    https://www.utocat.com/la-caisse-d-epargne-haut-de-france-fait-confiance-a-catalizr

  3. […] : Gartner Identifies Three Megatrends That Will Drive Digital Business Into the Next Decade ; Les applications de la blockchain en bref ; Comment fonctionne un ordinateur quantique ? ; MIT Technology Review – First […]

  4. Avatar de Jean-Pierre Leac

    Confirmation de l’intérêt des banques pour cette technologie : http://www.startup365.fr/france-prospective-huit-tendances-techno-sur-lesquelles-garder-un-oeil-en-2017/

    La banque se goinfre de blockchain

    La blockchain, nouvel eldorado des banques ? Selon une étude Santander InnoVentures, le recours à cette technologie ferait économiser au secteur jusqu’à 20 milliards d’euros chaque année, grâce à la réduction des coûts d’infrastructure dans les paiements internationaux, le trading et la mise en conformité. La blockchain contourne notamment les chambres de compensation dont le fonctionnement est opaque et lent. Depuis 2015, une cinquantaine de grandes banques se sont regroupées en consortium pour s’entendre sur un standard commun. En décembre dernier, la Banque de France a annoncé une expérimentation dans le paiement interbancaire tandis que la BNP a signé un partenariat avec des plateformes de crowdfunding pour permettre aux entreprises d’émettre des mini-obligations.

  5. Avatar de Jean-Pierre Leac

    Un bel exemple d’application issue du CNRS : la stratup KeeeX

    Issue du Laboratoire des sciences de l’information et des systèmes, la société KeeeX exploite des procédés brevetés de sécurisation et d’authentification des fichiers numériques, de type Blockchain. Sa solution opérationnelle et collaborative, unique aujourd’hui, s’adresse à tous les acteurs industriels.

    Apparue en 2008 avec la monnaie numérique Bitcoin, la Blockchain laisse aujourd’hui entrevoir des applications bien plus larges que le simple domaine monétaire. Technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée et décentralisée, la Blockchain est un registre partagé par ses différents utilisateurs et contenant tout l’historique de leurs échanges.

    Créée en 2014 par Laurent Henocque, du Laboratoire des sciences de l’information et des systèmes1, la société KeeeX développe une offre de services unique autour de cette technologie, à destination des entreprises de secteurs variés : banque, assurances, finance, copyright, classification, énergie, industrie, cloud, sauvegarde, synchronisation, réseaux sociaux…. Valorisant deux brevets2, KeeeX édite une solution opérationnelle de confiance, collaborative et éthique, permettant d’insérer dans tout contenu numérique des certificats cryptographiques de non modification, des méta-données et des liens directs vers d’autres documents.

    La start-up a été sélectionnée pour le CES 2017 à Las Vegas, ce qui la place parmi les 500 plus belles start-up au monde.

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